Le Stage en entreprise


Le statut de Stagiaire

Ces dernières années, le stage en entreprise est devenu incontournable pour tout étudiant afin de compléter sa formation universitaire. La première chose à savoir est que le stagiaire n’est pas un salarié de l’entreprise d’accueil.

 

Qui dit stagiaire, ne dit pas forcément sans droit. 

 

En effet, la loi n° 2014-788 du 10 juillet 2014 tendant au développement, à l’encadrement des stages et à l’amélioration du statut des stagiaires a opéré à une nouvelle codification dans le code de l’éducation de la partie relative au stage réalisé dans le secteur privé.

 

Vous trouverez ci-après une foire aux questions concernant le stage.

Comment se matérialise le début du stage ?

 

En premier lieu, il convient de retenir que tout stage doit donner lieu à la conclusion d’une convention de stage entre le stagiaire, l’organisme d’accueil et l’établissement d’enseignement selon l’article L. 124-1 du code de l’éducation. Son contenu est précisément détaillé par l’article D. 124-4 du code de l’éducation.

Quelle est la durée d’un stage ?

 

Au cours d’une même année universitaire, la durée du stage ne peut pas être supérieur à 6 mois dans la même structure selon l’article L. 124-5 du code de l’éducation.

 

Cette durée est calculée selon le temps de présence effective du stagiaire dans l’entreprise de la manière suivante :

 

  • 7 heures de présence, consécutive ou non = 1 jour de travail
  • 22 jours de travail = 1 mois de travail, soit 154 heures de travail dans le mois (7 x 22),
  • 6 mois de travail = 924 heures de présence.

 

Dès lors, la durée de 6 mois de stage est atteinte si le stagiaire a accompli, durant l’année d’enseignement, 924 heures de présence dans l’organisme d’accueil.

Quelle est la finalité d’un stage ?


Comme le prévoit l’article L. 124-1 du code de l’éducation, la finalité du stage est avant tout de mettre en œuvre les acquis de la formation en vue d’obtenir un diplôme et de favoriser l’insertion professionnelle.

 

Dès lors, le recours au stage n’apparait pas pertinent dans les situations suivantes :

 

  • Remplacer un salarié absent ou dont le contrat est suspendu,
  • Exécuter une tâche régulière correspondant à un poste de travail permanent,
  • Faire face à un accroissement temporaire de l’activité de l’organisme d’accueil,
  • Occuper un emploi saisonnier.

Peut-on enchaîner plusieurs stages au sein de la même entreprise ?

 

Comme il est prévu en matière de CDD et travail temporaire, un délai de carence doit s’appliquer pour l’accueil successif d’un stagiaire sur un même poste.

 

Ce délai est égal au tiers de la durée du stage précédent selon l’article L. 124-11 du code de l’éducation. Il ne s’applique pas lorsque le stage précédent a été interrompu avant son terme à l’initiative du stagiaire.

Une DPAE doit-elle être effectuée pour un stagiaire ?

 

Le stagiaire n’étant pas un salarié, l’organisme d’accueil n’a pas à procéder à une déclaration préalable à l’embauche.

 

En revanche, il se doit d’inscrire le stagiaire sur son registre unique du personnel

 

Par ailleurs, au titre de ses consultations récurrentes relatives à la politique sociale de l’entreprise, le CSE doit être consulté sur les conditions d’accueil des stagiaires.

Une entreprise peut-elle prendre plusieurs stagiaires en même temps ?

 

La capacité d’accueil est strictement encadrée par le code de l’éducation. Ainsi, selon l’article R. 124-10 du code précité, le nombre de stagiaire pendant une même semaine civile ne peut excéder :

 

  • 15 % de l’effectif arrondis à l’entier supérieur pour les organismes d’accueil dont l’effectif est supérieur ou égal à vingt ;
  • Trois stagiaires, pour les organismes d’accueil dont l’effectif est inférieur à vingt.

L’inspection du travail peut-elle prononcer une sanction face à un usage abusif du stage ?

 

L’inspection du travail peut être amenée, lors de ses contrôles, à vérifier le respect des règles susvisées. En cas de méconnaissance, la structure d’accueil encourt une amende administrative pouvant aller jusqu’à 2 000 € par stagiaire concerné et, le cas échéant, jusqu’à 4 000 € en cas de réitération dans l’année qui suit la notification de la première amende.

 

L’infraction pénale de travail dissimulé peut d’ailleurs être constituée en cas de recours abusif aux stagiaires sur une courte période (Cass. crim., 28 septembre 2010, n° 09-87.689 : recours à 86 stagiaires pour les vendanges).

Un stagiaire peut-il saisir le Conseil de prud’hommes ?

 

En l’absence de formation par l’organisme d’accueil, un risque de requalification en contrat de travail existe dès lors que le stagiaire était affecté exclusivement aux tâches normales d’un emploi (Cass. soc., 27 octobre 1993, n° 90-42.620).

 

A cet effet, le Conseil de prud’hommes est compétent et l’affaire est directement portée devant le bureau de jugement en vertu de l’article L. 1454-5 du code du travail.

Quels sont les droits des stagiaires ?

 

Même si le stagiaire n’a pas le statut de salarié, il n’est pas dépourvu de toute protection. Ainsi, l’article L. 124-12 du code de l’éducation prévoit que tout stagiaire bénéficie des règles issues du code du travail en matière de harcèlement et discrimination. 


De manière non exhaustive, le stagiaire peut bénéficier des droits suivants :

 

  • En cas de stage supérieur à 2 mois, la convention de stage doit prévoir la possibilité de congés et d’autorisations d’absence au bénéfice du stagiaire (article L. 124-13 du code de l’éducation),
  • Accès au restaurant d’entreprise ou aux tickets restaurants (article L. 124-13 du code de l’éducation),
  • Au remboursement de la moitié de ses frais de transport en commun (article L. 124-13 du code de l’éducation),
  • Des règles du code du travail en matière de durée de travail maximale et au repos (article L. 124-14 du code de l’éducation),
  • Aux activités sociales et culturelles organisées par le CSE (article L. 124-16 du code de l’éducation).

Dans quelles conditions un stagiaire doit-il être payé ?

 

S’agissant de la gratification, celle-ci est obligatoire dès lors que la durée du stage est supérieure à deux mois.

 

Son montant est déterminé soit par les stipulations conventionnelles applicables dans l’organisme d’accueil, soit par décret à un niveau minimal de 15 % du plafond horaire de la sécurité sociale défini en application de l’article L. 241-3 du code de la sécurité sociale.

Que se passe-t-il si le salarié est embauché à la suite d’un stage ?


Dans une telle hypothèse, l’article L. 1221-24 du code du travail prévoit que lorsque cette embauche est effectuée dans un emploi en correspondance avec les activités qui avaient été confiées au stagiaire, la durée du stage est déduite intégralement de la période d’essai.


De la même manière, en cas de stage d’une durée supérieure à deux mois, la durée de ce stage est prise en compte dans le décompte de l’ancienneté du nouveau salarié, anciennement stagiaire.

Compte tenu de la complexité et de l’évolution de la jurisprudence en la matière, le Cabinet se tient à la disposition, autant des employeurs et des stagiaires, pour évoquer toute problématique en lien avec un stage.

 

Florent LABRUGERE

Avocat en droit du travail et en droit de la sécurité sociale

N.B : Cet article est mis en ligne uniquement à des fins d’information. En raison de l’évolution permanente de la législation et la jurisprudence, le Cabinet ne peut toutefois pas garantir son application actuelle et vous invite à l’interroger pour toute question juridique ou problème concernant le thème évoqué.